Au détour d’une conversation, sur l’extrême droite et la résurgence du fascisme dans le monde, voilà qu’un ami me lance au débotté : « Et Meloni en Italie ? Que devient-elle ? Quel est son bilan ? ». Il s’était adressé à moi en particulier connaissant mon attachement à la patrie de Dante.

Mais voilà que je me rends compte que je n’en sais pas grand-chose moi de ce que devient Meloni. Je prends alors conscience que je ne m’enquiers plus depuis longtemps de la vie politique et sociale de mon pays de sang.

Intrigué par les années Berlusconi, déçu par les tentatives de gouvernements d’union de la gauche ou du centre, estomaqué par la coalition Ligue/Cinque Stelle, ce coup-là je n’avais pas suivi. J’avais incontestablement déserté. Je m’étais retiré par une compatissante amnésie ou un trauma profond.

De temps à autre évidemment, j’entendais bien résonner le nom de la Première Ministre, mais j’enfouissais ce cauchemar au plus profond de moi, je faisais l’autruche. Seulement, est-ce vraiment un cauchemar pour les italiens ? Si la péninsule revotait aujourd’hui, est-ce que le résultat serait vraiment différent ?

Quand je pense aux Etats-Unis aujourd’hui, je pense avant tout à ceux qui résistent. Quand je présente un journal et qu’il y figure au conducteur la dernière frasque ou bêtise énoncée par Trump, j’entre moi-même dans cette résistance. Une crispation s’amorce sur mon visage, entre dédain et mépris, et même si je ne veux rien en laisser paraître, ceux qui me connaissent peuvent percevoir mon dégoût.

Alors pourquoi n’ai-je pas, à mon niveau, « résisté » à l’arrivée au pouvoir de Meloni en Italie ? Pourquoi ai-je quitté le navire et refusé la bataille éditoriale ? Pourquoi n’ai-je plus voulu écrire sur la patrie de mes parents et grands-parents ?

Maintenant que cette culpabilité éclate, que ce trauma est soldé, me revoilà. J’ai remis une cartouche, dans mon stylo plume (et dans mon imprimante) et je suis prêt à repartir au front, entre les lignes, pour dénoncer une politique qui vise à diviser (un peuple) pour mieux régner, à préférer les uns aux autres, à désigner qui sont les plus italiens.

Mais je suis aussi prêt à nouveau à vous parler d’un pays qui n’a rien perdu de sa beauté et compte encore de nombreux combattants de l’ombre.

Alors en selle, haut-les-cœurs et tête haute !

Patrick Noviello
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Patrick Noviello est journaliste à France3 Occitanie. Il enseigne à l’Ecole de Journalisme de Toulouse dont il est issu. Il collabore à Radici depuis 2012. Sa dernière conférence théâtralisée « C’est moi c’est l’Italien » aborde, à travers l’histoire de sa famille, les questions liées aux migrations.